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Québec - Site du Le Réseau sur le vieillissement et les changements démographiques (RVCD).

La mission du RVCD est d’assurer une observation continue de l’environnement du vieillissement et des changements démographiques au Québec, au Canada et ailleurs dans le monde pour en faire une analyse pertinente à la prise de décision stratégique et favoriser le partage et le transfert de connaissances entre les intervenants appelés à travailler dans ce domaine.

Personnes âgées et dépendance
Un texte de Florence Leduc
par webmaster

Florence Leduc,
directrice du secteur formation et de la vie associative à la FEHAP
(fédération des établissements hospitaliers et d’aides à la personne privés non lucratifs)

Personnes âgées et dépendance

« L’augmentation du vieillissement de la population n’est plus à démontrer, notamment dans la société occidentale, et particulièrement en France.

Le nombre de personnes ayant des incapacités va doubler d’ici 2010, nous dit-on.

Est-ce une chance pour la société comme se réjouissent les uns, est-ce un poids ou un fardeau comme le craignent les économistes, est-ce tout court une donnée à envisager pour faire en sorte que chacun ait sa place dans la société ?

Mais pendant que s’allonge la durée de vie, plusieurs phénomènes s’entrecroisent et s’entremêlent ; d’une manière générale, grâce aux bénéfices des années d’après guerre, les gens vieillissent plus longtemps et mieux ; l’alimentation, les conditions de vie, la médecine, la diminution de la pénibilité au travail, tout cela concourt à de meilleurs états de santé, à une transformation de l’apparition de la dépendance ; mais pendant le même temps, ceux qui deviennent dépendants vieillissent plus longtemps en situation de dépendance ; pendant le même temps, plus la durée de vie augmente, plus il y a de chances (ou de risques) pour que les hommes et les femmes vieillissants (les femmes surtout) aient une maladie d’Alzheimer ; 800 000 cas recensés, bien plus nous disent des experts, faute de diagnostic précoce la maladie d’Alzheimer touche et touchera les plus vieux d’entre nous au cours de leur parcours de vie.

Mais comme tout cela ne va pas tout seul, il se trouve que les gens ne vieillissent pas, ni de la même façon, ni aussi longtemps les uns que les autres ; ça dépend du niveau scolaire, ça dépend du niveau de vie, ça dépend de la pénibilité au travail : face au vieillissement, nous ne sommes pas tous égaux ; le niveau des ressources en rajoute et on devient plus dépendant lorsqu’on a les ressources les plus faibles.

Et puis, il y a les maladies : les maladies cardio-vasculaires, les cancers, touchent les hommes et les femmes âgés relativement tôt dans leur vie ; ça laisse des traces (hémiplégie) ou ça aide à mourir.

Les aidants familiaux sont au rendez-vous ; quelles que soient les approches, quelles que soient les études, tout concourt à pointer la présence, voir l’omniprésence des aidants familiaux, que les personnes soient âgées, adultes handicapés, ou enfants malades ou handicapés.

Ces aidants (que l’on appelle également des aidants naturels) sont lourdement mis à contribution.

L’enquête HID (Handicap Incapacité Dépendance) a mis en évidence le rôle déterminant joué par l’entourage proche des personnes se trouvant en situation de handicap quel que soit leur âge.

En population générale, plus de 5 millions de personnes déclarent bénéficier de l’aide régulière d’une autre personne, qu’elle soit un membre de la famille ou qu’elle appartienne à son entourage.

Pour les personnes âgées de plus de 60 ans, elles sont plus de 3 millions à bénéficier d’une aide d’un proche, le recours à une aide augmentant corrélativement avec l’âge.

Tous ces chiffres nous racontent que la moitié des personnes ayant besoin d’aide sont exclusivement aidées par leur famille et que par ailleurs sur l’autre moitié, 8 personnes sur 10 sont aidées par une aide professionnelle et un membre de l’entourage ; seules 2 personnes sur 10 n’ont pas d’aide de leur entourage, soit qu’il n’ait jamais existé, soit qu’il n’existe plus.

Ces aidants familiaux apportent une aide avec des conséquences importantes sur leur vie personnelle. Presque la moitié d’entre eux sont attachés au point de ne plus pouvoir partir en vacances ou prendre leurs distances ; pour certains il a fallu réaménager le travail, pour d’autres abandonner l’activité professionnelle ; les conjoints s’occupant d’un époux ou d’une épouse atteint de la maladie d’Alzheimer s’exposent par ailleurs à des risques de fatigue, de maladie et de surmortalité.

Toutefois, les questions se posent sur le maintien de l’aide familiale à hauteur de ce constat, que ce soit par l’analyse des mutations géographiques, de l’évolution des liens familiaux et des recompositions familiales, de l’évolution des comportements, qu’en sera-t-il de l’aide familiale dans les décennies à venir ?

Le libre choix du mode et du lieu de vie des personnes âgées est proclamé par tous.

Encore faut-il que ce choix existe.

Encore faut-il que l’évaluation de la situation avec la participation active de la personne et de son entourage ait été mis en œuvre.

Encore faut-il que soit clarifiée, solvabilisée, l’offre de service correspondant aux besoins et aux attentes.

En l’état actuel de la situation, une offre diffuse existe, inégalement répartie sur le territoire entre domicile et institution ; entre pénurie et concurrence, toutes les situations sont au rendez-vous.

Les lois portant sur la décentralisation (loi du 13 août 2004), sur l’organisation sociale et médico-sociale (loi du 2 janvier 2002), sur l’égalité des droits des chances, la citoyenneté et la participation (loi du 11 février 2005) sont censées penser une organisation territoriale permettant à terme l’exercice du libre choix, si tant est que les contraintes inhérentes à la dépendance soient compatibles avec les notions de choix et de liberté qui à un certain niveau sont redondantes.

Services publics, services privés, entreprises à but lucratif, existent, se développent, se font concurrence ; au milieu de tout cela, entre croyances sur les valeurs de la concurrence et foi dans une organisation territoriale, du chemin reste à parcourir pour permettre à chacun de trouver, quel que soit son lieu de résidence, le où, le quand, le comment, il va vivre ses vieux jours.

Il faut soigner, aider et accompagner les vieilles personnes en situation de besoin d’aide, celles qu’on appelle dépendantes, car elles dépendent d’un autre pour les actes de la vie quotidienne et les soins, un autre qui fait, qui aide à faire ou qui stimule, pour qu’au quotidien cette vie ait un sens.

Des efforts sans précédent sur la professionnalisation ont été engagés.

Plus de diplômes, plus de référentiels métiers, plus de personnels compétents, mais aussi qualifiés, cela constitue le credo de tout le monde.

A condition que cela ne coûte pas cher, pas trop cher, le moins cher possible.

Tiraillés par le prix, par la qualité, les paradoxes et les contradictions se cumulent et s’accumulent.

Les outils d’éligibilité aux prestations confondent dépendance, besoin d’aide, qualification requise. Plus on avance et plus les questions se posent ; le social et l’économique ne seraient-ils pas antinomiques ?

La professionnalisation du secteur de l’aide et des soins est en marche.

En quatre ans, la réforme a avancé davantage que durant les 30 années précédentes.

Cela commence par la démarche qualité, les référentiels métiers, les référentiels formation, l’aménagement des conventions collectives amenant des précisions sur la définition des emplois et la rémunération des agents, la loi du 2 janvier 2002 et ses outils, notamment ceux en direction des usagers… Il reste encore à travailler sur les organisations du travail, les circuits institutionnels, les relations avec les responsables des politiques publiques.

Et toujours et toujours à former le personnel, les intervenants de terrain, les responsables de l’encadrement, les gestionnaires.

Il faut former à organiser, à gérer, à planifier, mais aussi à soigner, à aider, à accompagner la vie, la maladie, le handicap, la fin de vie. Cela demande des moyens considérables, les efforts du secteur sont importants.

Pendant le même temps, nous devons rester vigilants car toutes les vieilles personnes ne sont pas logées à la même enseigne. Ca dépend de leur lieu d’habitation, de leurs ressources, de leur régime d’appartenance.

Une croyance bien chevillée au corps nous enseigne que les besoins les plus lourds sont les plus légitimes, mais les besoins les plus légers sont aussi des besoins. Ils nécessitent à hauteur de besoins une prise en compte et une prise en charge adaptées à la légèreté de la charge en soins et en aide.

Pendant le même temps, le regard sur les vieux évolue peu.

La canicule aurait dû, aurait pu, nous enseigner que les citoyens âgés sont des citoyens tout court ; partir plus tôt, partir plus tard, est-ce bien important puisqu’on est vieux ?

Trouver un lit de spécialités pour une vieille personne hospitalisée en urgence, cela relève du casse tête.

Trouver un chirurgien pour opérer, reconstruire et rééduquer, ce n’est pas une évidence.

Appareiller, adapter ou aménager le logement, est-ce bien nécessaire quand on est vieux ?

Et puis, les vieux coûtent chers. Lorsque l’on regarde la presse, les grands titres traitent du problème des vieux, du coût de la retraite, du poids des prestations sociales ; et ce jour férié ?

Les choix politiques ont porté sur la décentralisation. Comment l’Etat va-t-il s’assurer de l’équité et de l’égalité de traitement lorsque chacun pour sa part (légitimement ?) vote ses budgets, définit ses priorités, aménage les textes, pour le bien de tous, pour le meilleur et pour le pire.

Les valeurs liées à la solidarité nationale en prennent un coup ; bien que, quoi que et si tout était possible au niveau local !

Pendant le même temps, le marché est en marche. Le nombre annoncé de vieux laisse à penser qu’il y a aussi un marché. Cette question du marché est activée depuis de nombreuses années, intimement liée à la question de l’emploi ; dès 1991, ce secteur est investi pour créer de l’emploi, ces emplois ressemblant à l’époque beaucoup plus à des petits boulots ; puis en 1996, une loi ouvre le champ des services aux personnes, aux entreprises privées à but lucratif sans distinction de population ordinaire et de personnes fragilisées ; le projet Borloo ne fait que réveiller cette possibilité pour le marché d’investir de l’activité.

Tout cela mérite, mériterait une réflexion en amont sur une organisation sociétale capable de repérer puis d’organiser des réponses de manière adaptée.

Par rapport à ce constat, et malgré les incantations réitérées, le rapport aussi célèbre que volatile, la place des vieilles personnes dans la société mérite et mériterait débat. Cette place s’entend comme une place citoyenne, cette place s’entend sans les stigmates de l’âge ; une place tout simplement, pas une place réservée, pas le droit à une place.

C’est que les vieilles personnes ont des choses à dire, ont des choses à faire. Comment se permettent-elles d’être présentes dans les lieux citoyens de la vie, dans les lieux de convivialité, dans les lieux d’échanges ; comment leur permet-on d’accéder à ces places sans regard condescendant, sans regard hostile ? Intégrer les vieux comme tout un chacun, les considérer comme personne d’un certain âge, tout simplement, cela reste à construire dans les quartiers, les villes et les villages.

Etre vieux n’est pas un privilège, être vieux ne donne pas des droits, ce juste milieu, ce regard sociétal, cela reste à construire de l’école jusqu’à toutes les strates de la société et la position de chaque individu.

Les politiques publiques en faveur des personnes âgées définies globalement depuis une quarantaine d’années ont connu un double mouvement :
  d’une part une impulsion forte venant des instances associatives, grâce à l’engagement citoyen et solidaire d’hommes et de femmes se sentant concernés par leurs concitoyens ;
  d’autre part, des politiques publiques d’initiative étatique confirmant des dispositifs et des règles visant à apporter des solutions pour répondre de manière spécifique aux besoins de ces populations.

La décentralisation, tant dans ses aspects anciens que dans les nouvelles donnes, et notamment suite à la loi du 13 août 2004, est une occasion de repenser la manière dont les politiques publiques peuvent se construire à plusieurs.

Les politiques, les personnes concernées, les associations de divers réseaux, doivent se servir de ces « opportunités » pour penser les aspirations et besoins des individus concernés, imaginer des réponses adéquates et pertinentes, globales et coordonnées.

Il faut construire ensemble dans les territoires, pour les investir et les couvrir, des réponses concertées qui concernent des individus par des organisations collectives.

Pour arriver à ces objectifs, il faudrait proposer des assises locales sur le thème de l’imagination au pouvoir pour imaginer une diversité et une diversification des lieux et des modes de vie, des passerelles entre ces lieux, de leur mode d’organisation et de fonctionnement prenant en compte les besoins, les souhaits, les aspirations de ceux qui sont censés les vivre.

Entre droit et devoir, il s’agit de restituer à chacun la légitimité de sa place et de sa parole en fonction de ce qu’il sait, de ce qu’il peut, dans un champ clarifié de compétences dans tous les sens du terme.

Proposer cela, c’est mettre le pied à l’étrier pour qu’il y ait une chance que cela puisse se réaliser. »

 
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